Aux amis perdus

Je ne sais pas quoi dire. Tu me connais, ou pas, et tu sais que je ne sais pas donner de nouvelles. Je n’essaie pas de me trouver des excuses, c’est juste un fait. Connaître les gens me demande beaucoup d’efforts, me sentir à l’aise avec eux encore plus. Je ne suis jamais totalement en confiance, alors si je sens que je dérange, je me retire, je recule, je pars et je n’ose plus.

Je sais que ce sont des excuses en carton, pour tenter d’expliquer que j’ai laissé tomber un lien précieux, que je n’ai pas donné à l’amour qu’on se portait l’attention qu’il méritait, que j’ai fais des erreurs, certaines légères, d’autres impardonnables.

Je veux te dire que je n’oublie rien. Il y a beaucoup de « toi » à qui je pense en écrivant cette lettre maladroite que je n’ose pas directement t’envoyer. Je n’oublie pas nos soirées, nos rires, nos larmes, nos déjeuners, toutes les fois où tu m’as portée quand j’ai trébuché. Je n’oublie pas la façon dont tu me disais bonjour, les détails de ma personnalité dont tu aimais te moquer gentiment. Je veux que tu saches que j’y pense tous les jours, ou presque. Je pense tous les jours à combien tu as compté dans mon quotidien, et au vide que tu as laissé. Je suis nostalgique, et j’ai de tes nouvelles par internet qui me dit que tu vas bien, ou pas, et je m’inquiète, ou pas, mais en tous cas tu me manques toujours.

Je veux te dire que je suis désolée. Quoi que j’ai fait, ou manqué de faire, quelle que soit la raison pour laquelle nos noms ne s’affichent plus sur nos téléphones respectifs, je suis désolée. Je n’aurais pas voulu te perdre, jamais. Je ne veux pas que tu penses que je m’en fous. Je veux te dire que j’espère que tu vas bien, que tu ne souffres pas ou alors le moins possible, que tu as rencontré des gens qui t’apportent ce que tu mérites. J’espère qu’aujourd’hui tu vois la personne exceptionnelle que tu es, comme je l’ai vue à l’époque.

J’ai eu trop peur que tu m’en veuilles, ou que tu m’aies oubliée, pour tenter de revenir, je suis lâche, je le sais. J’espère que mes erreurs, que les messages que je n’ai pas envoyés, que les appels que je n’ai pas eu l’énergie de passer alors que j’avais promis, que toutes les fois où je n’ai pas été digne de ton amour n’entachent pas trop tes souvenirs.

J’espère que tu vas bien, de toutes mes forces, tous les jours, à tel point que parfois je me dis que tu le sens peut être, où que tu sois.

Je suis toujours là, et j’essaie d’être mieux.

Si tu te reconnais dans cette lettre, elle est sûrement pour toi.

 

Je t’aime.

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The Jaw

disclaimer :

Cet article est un petit monologue que j’ai écris il y a quelques mois, et qui traite du syndrome post traumatique. Il a été écrit pour être récité, joué, ce que j’ai fait une fois, en rajoutant une petite introduction : mon personnage s’adressait à un groupe de parole, comme je l’ai fait moi même, à une époque. Je n’ai pas écrit ici les passages où elle s’adresse directement au groupe de parole : ça me semblait ne pas avoir de sens à l’écrit. J’aime beaucoup ce texte, je vous le poste donc ici. Je pense continuer de poster ici les contenus de mes carnets, de mes écrits personnels traitant de mon histoire. Ça me parait un bon destin pour mon petit blog moche.

Ce texte est en anglais, désolée. Le traduire l’aurait dénaturé. J’espère qu’il vous plaira. Peut être qu’un jour, je filmerai une récitation.

 

Something weird has been happening to me since I met him. It’s been what, five years now ? Four ? I haven’t seen him in a long time. I can’t even remember what his voice sounds like. But ever since I met him I can’t recognize myself in the mirror. I stare at those eyes and I see the face, but it’s a stranger’s face. It’s deformed, it’s almost repulsive, like things are not in their right place. My friends say it’s because of what he did, but I don’t know that he did something- he didn’t do anything, I’m fine. Got a new tattoo. Got six new tattoos, actually. Read somewhere that it would help me gain back control on myself. Like I need it. I got perfect control. It’s just I dont recognize my face sometimes but thats happens to everyone, doesn’t it ?

My friends say I’m gonna get better when I meet someone. I’m fine you know, but they say it’s going to get better, like, proper better.

My jaw hurts.

They say it’s gonna be better when I find someone. It’s ridiculous. Is it gonna heal my jaw ? Cause that’s really what’s been bothering me lately, you know, not that I’m alone, I’m just in a lot of pain and I dont know why. I don’t want to meet anyone. It makes me nervous, all the questions that it raises. Am I going to meet anyone soon ? Is it time to be loved now ? Time to be touched, mended, repaired ? Oh you’ll meet someone one day and they’ll really love you and they’ll be everything you need and they’re gonna make you better. They’re gonna fix everything that’s wrong with you, even your jaw !

But how do you know you’re being touched with love when love burns the same way hate does ? I feel like I’ve been stripped away from my skin, I feel like I’m only raw flesh and every finger that brushes me is like lemon on an open wound. And everywhere their skin touches mine my pores bleed.

Not something you want to see, is it ? I see that in the mirror sometimes. Juste raw flesh and blood. It’s like I’m a piece of meat, bones showing. I don’t know why I feel like this.

Why does my jaw hurt ?

They say it’s in my head and I guess it is but it feels so real. I feel like I change every time I’m not looking. My skin is getting rotten, my muscles are crumbling, my face is getting sunken, hollow, and even time I see it I get a feeling like a ball of led is falling in my stomach and my legs can’t carry me anymore and I feel myself shaking, just like when you see a stranger staring at you from the other end of an empty street, and you know you’re gonna have to walk past them and maybe they’ll kill you, and even if the stranger is more likely to be someone walking their dog you still feel like you’re going to die. That’s how I feel when I look at myself.

It’s not me.

It’s not mine. My body is not mine. It’s not mine. I’d like to give it back. If you’re not gonna let me own it, then don’t make me carry it, it’s heavy. My back hurts. It’s not mine and it’s ugly, I dont like it.

I forget what my face looks like and then when I see it I’m disappointed, I’m sad.

 

He broke my jaw once. At least it felt like he did. It was really dark so I don’t really remember, but it really hurt. I felt the bones cracking and the teeth popping out of my gums… Or maybe it was a dream ? I’m having a lot of weird dreams lately. The other day I had a really funny dream about a rabbit… I can’t remember. Anyway, after that my jaw was blue and purple for a long time. A month ? A week ? I don’t remember. It was a weird dream. That’s when I started to be startled by my own reflection.

Now you can’t see my broken jaw, right ? I think you’d see it if it had really happened. It doesn’t even hurt when I chew anymore. It’s fine.

I saw a doctor and he said it would help if I drew myself from memory.  To see if I could picture my eyes, my forehead… Too bad I can’t draw, all I could do was (swallows) it still hurts when I swallow. What happened to me ?

I don’t think he broke my jaw. It was a game, he didn’t mean to do it. He was always playing games with me. Always in the dark. He knew I was afraid of the dark, so it made him laugh because I was afraid. It was funny. It was a fun kind of scared.

And then he broke my jaw.

No ! No, no, no, no. He didn’t ! I don’t remember. I’m lying. Maybe I asked him to pretend to break it, as a game. He said I’m lying so it must be true. I guess it hurts in my head. I don’t remember him breaking my jaw but I remember staring at him before he did, I remember looking up at him and realizing what was going on, realizing we weren’t playing anymore.

He’s nice, you know, he’s nice to me. Always says I have nice looks, you know, nice body, I guess.. It’s his now. It’s been his for years. His toy. He used to say that. I liked it. Thought it was endearing. Like a pet name. I guess it’s relevant cause you do break your toys when you’re a kid, you know ? And he…

I don’t remember what he did.

But now I can’t recognize myself in the mirror.

So he must have done something wrong, right ?

Why does my jaw still hurt ?

Cause I dont think he broke my jaw.

So what the fuck did he do to me ?

Picasso

La dysmorphophobie est une drôle de petite bête, et de toutes celles que j’ai sous la peau c’est peut être celle qui gratte le plus.

A chaque surface réfléchissante que je croise, elle se réveille, et court comme une dératée sur toute la surface de mon visage et je l’entends me hurler « là ! ici ! regarde ! »

Je regarde et je vois.

Je vois l’oeil trop petit, un peu plus bas que l’autre, la bouche tordue, les narines inégales, la mâchoire déviée, tout ce qui fait que je suis déformée, désaxée, hideuse. Plus que tout, je vois ma peau, les crevasses, les plaques, les marées d’imperfections qui la submergent.

Il est inutile de me dire le contraire. Il est inutile de me dire que tout le monde a un oeil plus bas que l’autre. Il est inutile de me parler du test où on prend une moitié de son visage pour la dupliquer et voir ce que donnerai un visage réellement symétrique. Il est inutile de me dire que personne ne remarque mes défauts de peau, il est inutile d’essayer de tuer la petite bête qui continue sa course. C’est comme tenter d’écraser un moustique dans le noir : vous voulez bien faire, mais ça ne mène à rien.

Je sais que chacun a ses défauts et ses complexes. Je sais aussi que souvent, j’ai annulé des soirées où je voulais vraiment aller, parce que la petite bête courait trop vite et criait trop fort. Je sais que souvent, j’ai fondu en larmes en croisant mon visage dans le miroir le matin. On oublie parfois, la nuit, à quel point on est monstrueux.

Quand les gens qui m’aiment me disent que je suis belle, je repense à mon visage tordu, ravagé, et la petite bête creuse des sillons sous ma peau en hurlant qu’ils me mentent.

J’évite mon reflet comme la peste. Je trouve la beauté chez les autres sans problème, pourtant. Je sais que c’est dans ma tête mais je n’arrive pas à le croire.

J’ai des bons yeux, je me vois comme je vois les autres. Je me vois comme je suis, Picasso aux yeux bouffis dans le miroir brisé.

Et mes ongles labourent ma peau, la creusent de sillons écarlates et épais dans l’espoir d’en extirper la petite bête. Sans succès.

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